OAWEEK : Et si l’Open Access permettait d’innover ?

creativecommons

« Décidément, que c’est devenu compliqué de publier ! C’était bien mieux avant l’Open Access ! » Et si, au lieu de regretter une époque révolue, on regardait vers l’avenir et les solutions en Open Access qui marchent ?

En sciences humaines et sociales, la structure de l’édition n’est pas du tout la même qu’en sciences et techniques. De ce fait, un partenariat plus équilibré semble s’instaurer entre les éditeurs, les chercheurs et les institutions de recherche, autour de plateformes communes (OpenEdition, érudit…) et de grandes infrastructures publiques (Huma-Num…). Ce modèle s’appelle « freemium », ou « fair gold » ou « platinum », pour bien le distinguer du modèle gold ou auteur-payeur. C’est un nouvel écosystème qui contribue à structurer et ouvrir l’ensemble du processus de recherche, et pas uniquement à diffuser des pdf gratuitement. Chacun se concentre sur son métier : les institutions fournissent les infrastructures pérennes, interopérables et ouvertes ; les chercheurs la matière et la structuration intellectuelle du contenu ; et les éditeurs la structuration formelle et la mise en page. Et en l’absence de frais de publication, la prolifération de revues de mauvaise qualité n’a pas lieu d’être.

Les informaticiens, mathématiciens et physiciens, pionniers de l’open access, proposent aussi des modèles alternatifs, sans l’intervention d’éditeurs privés, cette fois. Ces modèles s’appellent « épi-science » ou « post-publication peer-review ». Les institutions de recherche développent des archives ouvertes aux fonctionnalités enrichies, sur lesquelles les chercheurs déposent leur production, à la fois pour marquer leur paternité et s’assurer une diffusion mondiale et immédiate. Les comités de lecture des revues (qui peuvent être élargis à l’ensemble de la communauté scientifique) viennent piocher dans les articles déposés ceux qu’ils examinent. A l’issue d’un peer-review ouvert et intégré à l’archive ouverte, les articles validés reçoivent un label spécifique. Toutes les versions de l’article et les commentaires des relecteurs restent disponibles sous forme d’historique. La notion de revue est donc réduite à sa plus simple expression : un gage de qualité. Self Journal of Science est une variante de ce modèle, qui intègre également des fonctions d’échange et de communauté héritées des réseaux sociaux de chercheurs.

Mais si séduisantes soient-elles, ces solutions ne peuvent pas être appliquées telles quelles à toutes les communautés scientifiques !

Certes, mais peut-être l’Open Access marque-t-il l’émergence de circuits de production spécifiques à chaque communauté ? Et la fin d’un modèle unique, basé depuis quatre siècles sur la revue scientifique ?

Ces deux exemples ont cependant des points communs qui pourraient être transposables aux autres communautés scientifiques :

Une nouvelle conception juridique de la production scientifique comme « bien commun » : la recherche produite sur des fonds publics doit rester librement diffusable et réutilisable (sous licence creative commons ou Licence ouverte) car c’est un bien commun inaliénable qui appartient à toute la société. Des acteurs privés peuvent proposer des services supplémentaires autour de ces documents (format, mise en page, référencement, diffusion, valorisation…), qui peuvent être payants et réservés, mais ils ne peuvent pas acquérir de propriété exclusive sur le contenu. Cette conception s’inscrit dans le renouveau plus large des communs, qui est en train d’être reconnu par la législation.

Une conception étendue et exigeante de l’Open Access, « l’Open Science » : bien plus que l’accès gratuit aux documents, c’est une autre manière de faire de la recherche. Le souci d’ouverture du circuit de la production scientifique (depuis la production des données jusqu’à la publication) garantit une transparence et un contrôle de la qualité. Mais elle permet aussi la fouille de textes et de données (text and data mining), qui génère à son tour de nouvelles recherches, voire de l’innovation et de la richesse économique. La science s’inscrit dans le mouvement global de « l’Open Data », qui affecte l’ensemble de la société.

Pour aller plus loin :

Solenn Bihan

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