Le post-it contre attaque, ou comment le Design Thinking peut changer votre vie.

Cela fait quelques semaines que je brûûûûûûûûûûûle de vous écrire au sujet du Design Thinking, mouvement qui fait beaucoup parler de lui ces derniers temps et qui a tout pour faire swinguer les bibliothèques comme jamais. Certains billets précédents abordaient déjà ces questions, sans pour autant donner une vraie définition, c’est donc ce que je vais essayer de faire aujourd’hui.

Certaines mauvaises langues définissent le Design Thinking comme la méthode idéale pour faire fondre les budgets via l’achat en quantité de post-it en tout genre…

pos-it 2

Et bien c’est faux ! Car si mon titre est volontiers réducteur, c’est parce que JUSTEMENT ce n’est pas seulement une histoire de post-it ou une manière rafraichissante de mener des réunions.

Si ce n’est pas ça alors, qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord il faut savoir que la méthode que je vais vous présenter ici n’est pas une méthode propre à notre monde professionnel. Si l’on consulte Wikipedia pour une première définition, il n’est pas du tout question de bibliothèque. C’est une approche des projets qui, pour faire émerger des idées innovantes,  se veut co-construite avec les utilisateurs finaux (et non pas pensée pour eux par les acteurs du projet sans les consulter tout au long du procédé), qui laisse la part belle à l’intuition et à l’expression des différentes parties prenantes. Qu’il s’agisse d’imaginer de nouveaux espaces, de nouveaux produits, de nouveaux services ou de nouvelles méthodes d’éducation, le Design Thinking (que l’on traduit assez difficilement en français) est une méthodologie « d’idéation » (mise en idées, formation des idées) qui a fait ses preuves dans des disciplines aussi variées que la santé ou l’économie solidaire.

Si nous en avons beaucoup entendu parler ces derniers temps en bibliothèque, c’est que nos usagers tiennent une place centrale dans nos projets divers et variés, et que certaines bibliothèques récentes et innovantes (Dokk 1 d’Aarhus, Louise Michel à Paris…) ont travaillé exclusivement à partir de ces méthodes pour construire leur projet d’établissement. Et aussi, parce qu’un guide spécifique aux bibliothèques vient d’être traduit par un groupe de bibliothécaires français. Cette mine, ce kit pratique , vous pouvez le retrouver ici.

Car il faut bien le reconnaître, même si nous voulons tout faire pour accueillir nos usagers dans les meilleures conditions, ces derniers constituent aussi parfois un véritable angle mort. Nous avons l’habitude de penser pour eux (en toute bienveillance) mais pas AVEC eux, ou alors pas tout le temps, ou pas jusqu’au bout… Ce qui revient parfois à faire des erreurs qui les éloignent de nos services, et qui nous laissent nos œillères de bibliothécaires. J’écris ça sans aucune provocation. Car JE SUIS bibliothécaire et fière de l’être, et que je me fais régulièrement avoir à mon propre jeu. Le regard d’un professionnel, même rempli de bonnes intentions, reste celui d’un pro. porté sur son public. Il pense « métier ». C’est normal ! Et si on ajoute à cela une manière de travailler renforcée dans une fonction publique qui organise encore trop souvent le travail par catégories de personnel, on se rend tout de suite compte que l’on se prive d’acteurs majeurs, essentiels à la réussite d’un projet. Et bien le post-it, c’est symboliquement ce qui fait tomber tout cela : la même surface disponible pour tous pour s’exprimer, proposer… Et laisser ce qui est pertinent se développer.

Mais le post-it ne fait pas le Design Thinking et le Design Thinking, ce n’est pas QUE des post-it…

C’est une mé-tho-de. En trois temps. (Où l’on peut utiliser des post-it, Oui! Mais pas que…)

Je reprends ici intégralement les premières pages du kit cité plus haut,(en modifiant les pronoms 🙂 ) en espérant que cela vous donnera envie d’aller voir de plus près ce qui y est proposé.

design th

  1. La phase d’inspiration consiste à comprendre les besoins des usagers en les observant, en dialoguant avec eux et en se renseignant sur ce qui se fait ailleurs.
  2. La phase d’idéation consiste à reformuler les constats faits, à élaborer un concept et à lui donner une forme concrète en réalisant un prototype rapide.
  3. La phase d’itération consiste à tester le prototype avec les usagers afin que les expérimentations successives soient de plus en plus proches du résultat final souhaité.

Vous allez me dire, et vous auriez tout à fait raison : « Mais se renseigner sur ce qui se fait ailleurs on le fait déjà! », « Écouter nos usagers, on le fait toujours ! ». Mais notre méthodologie est tout à fait différente, et c’est parfois la phase « prototype » et les retours des usagers qui nous manquent. Et très souvent, nous travaillons entre bibliothécaires, sans forcément nous confronter à d’autres corps de métiers (ou alors toujours un peu les mêmes, nos partenaires naturels). Or cette méthode, c’est une invitation à l’ouverture, à la confrontation féconde avec d’autres, tous azimuts ! Car l’innovation nait de l’accident, et de la surprise.

Pour imaginer concrètement comment on peut travailler en suivant cette méthode, je vous invite à vous rendre sur le blog de Biblioremix et à découvrir les différentes expériences menées au sein de diverses structures (les canapés couteau-suisse, le relookage du bibliothécaire, et tant d’autres…). Tout y est minutieusement documenté, et cela vous permettra sans doute de rentrer dans plus concrètement dans les projets et de vous donner des envies, des idées…

D’ailleurs, l’action baptisée en clin d’œil « RulesRemix » menée dans les 3 SCD il y a quelques semaines s’inspirait de ces méthodes, et constitue une première étape vers un travail toujours plus en lien avec nos usagers. Ce n’est donc qu’un début pour nous!

Et vous, que pensez-vous de ces méthodes?

 

 

 

Pour aller plus loin, parmi une énorme littérature sur le sujet:

http://lrf-blog.com/2015/03/18/design-thinking-1/

http://www.museomix.org/

https://biblioremix.wordpress.com/

Et à venir, le prochain congrès ADBU, qui fera la part belle à cette thématique.

Perrine Cambier Meerschman

Une réflexion sur “Le post-it contre attaque, ou comment le Design Thinking peut changer votre vie.

  1. Je confirme…ça coûte cher le post-it ! (ha, ha…)
    Sinon, j’aime cette façon « d’aborder » l’étudiant, de lui demander de « participer » à nos réflexions et j’en profite aussi pour dire l’importance…de la gommette !!
    vive le Design Thinking ! 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s