Du téléphone au smartphone

Maurizio Ferraris qui a travaillé sur notre rapport au téléphone a coutume de raconter une anecdote :

“C’est la nuit de samedi à dimanche, celle qu’on voue traditionnellement au repos. Je me réveille. Je cherche à savoir l’heure, et, naturellement, je regarde mon portable, qui m’apprend qu’il est 3 heures du matin. Mais je vois en même temps qu’un e-mail est arrivé. Je ne résiste pas à la curiosité ou plutôt à l’inquiétude (l’e-mail concerne une question de travail), et aussitôt : je lis et je réponds.”pexels-photo-28462

Alors que les smartphones se sont multipliés, on peut se demander de fait pourquoi il est si difficile face à un SMS, un mail ou un nouveau tweet de ne pas répondre dans l’instant. C’est que ces sollicitations sont devenues des injonctions (Ferraris parle de « mobilisation permanente »). On est joignable partout, tout le temps. Les appels laissent des traces. La majorité d’entre eux sont écrits et n’y pas répondre c’est affronter la peur d’être coupé du reste de la communauté.

La bibliothèque est peut-être de ce point de vue un des derniers endroits qui vous permet de dire : « je ne pouvais pas te répondre » car y travailler c’est associer à un espace des contraintes, contraintes intégrées par les usagers au sein d’une communauté.

Un autre apport de Ferraris est d’avoir le premier compris que le smartphone est avant tout un outil d’écriture et donc d’enregistrement. Alors que l’individu est sur-sollicité, il joue un rôle dans l’apprentissage : il permet en effet un retour à un contenu dans sa totalité et aide à gérer une masse d’information. Une étude de la société McGraw Hill Education a ainsi démontré qu’en 2015 80% des étudiants utilisaient leur portable pour étudier (soit 40% de plus qu’en 2013).

Outre la question de la connectivité dans nos locaux (wifi, prises RJ, prises électriques) cela souligne l’importance de la notion de portabilité pour les contenus c’est-à-dire la nécessité de les rendre accessible via différents types d’écran, notamment le smartphone.

Les éditeurs l’ont bien compris et on voit des bases privilégier les interfaces « portables » (ex : Thériaque en Pharmacie).

Cela suppose que l’on réfléchisse en conséquence à l’articulation smartphone/cohabitation des publics/silence en bibliothèque. En BU, en fonction des disciplines la nécessité du silence comme condition préalable au travail ne sera pas la même.  Elle sera en tout cas distincte  du besoin de se connecter aux autres. Cela nécessite de nouveaux types de mobilier afin de revoir les espaces dédiés car pensés à une époque où les téléphones étaient des outils au service de l’oralité  et non de l’écrit. Cela fait plus que jamais de la bibliothèque au sein des règles qui sont siennes, un espace de liberté.

 Stéphane Harmand

 Ouvrages cités :

Ferraris, Maurizio. Mobilisation totale. PUF. 2016

Toudoire-Surlapierre, Frédérique. Téléphonez-moi : la revanche d’Echo. Minuit. 2016

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