Le Bac… et après ? Journée d’étude à la Bnf

Le mois de mai approche et le Bac avec lui. Période de stress, d’émotion, ces lycéens qui sont de futurs étudiants vont peut-être se frotter pour la première fois de leur scolarité à un espace inconnu : la bibliothèque universitaire.

Cette journée d’étude organisée par l’ADBU dans les locaux de la Bnf est une première. Elle réunissait des bibliothécaires, mais pas que. Parmi nous se trouvaient également des professeurs documentalistes, des professeurs et quelques chefs de projets ou de service des pratiques de lecture et des publics en bibliothèque.  Le programme disponible en ligne, vous permettra de retrouver les liens vers quelques rapports de l’ADBU menés antérieurement sur ce public lycéen qui faisait l’objet de cette journée d’étude.

Comment vous résumer tout cela ? Le plus simple est de vous donner les grandes tendances abordées tout au long de la programmation, sous forme de questions.

  • Qui sont les lycéens ?

La première chose qui finalement nous a le plus marqué, c’est que différencier un lycéen et un étudiant est quasiment impossible. Une autre idée, c’est que la différence qui existe entre un lycéen et un étudiant, ce sont les deux mois de vacances qui séparent les épreuves du Bac et la rentrée à l’université. Mathias Millet, professeur de sociologie à l’Université de Tours nous a présenté cette nouvelle génération étudiante sous l’angle de l’acculturation selon trois thèmes. Tout d’abord la difficulté du passage entre le lycée et l’université. Celui-ci peut être influencé par l’équilibre entre le mode de vie (boulot étudiant, apprentissage de l’autonomie domestique, etc.) et le temps d’étude plus ou moins facilité selon les filières; mais aussi lié aux ressources parentales. Ensuite il y a le rôle de la rupture pédagogique qui varie entre les différentes filières et qui donne différentes ruptures avec les habitudes pédagogiques acquises durant le secondaire. L’encadrement institutionnel est plus ou moins fort et certains sont mieux armés que d’autres lorsqu’il s’agit de la maîtrise de l’organisation du temps de travail. Le dernier thème est le degré de rupture expérimenté par chaque étudiant notamment concernant les niveaux de savoirs attendus, les modalités d’apprentissage et les modalités de transmission. Chaque filière demande des logiques plus ou moins différentes et des pratiques d’étude et de lectures diverses.

  • Pourquoi les lycéens viennent à la BU?

La BU est pour eux une sorte de rite de passage du secondaire vers le supérieur. La BU relève encore parfois de l’imaginaire, du lieu sacré de l’étude et du silence voire même de l’austérité. Ils viennent parce qu’ils sont dans un lieu propice à l’étude et aux révisions, plus calme qu’à la maison. Parce qu’ils retrouvent des amis, parce que le groupe a une fonction d’acclimatation à un nouveau lieu, mais aussi une fonction de tremplin potentiel. La BU est aussi un espace commun entre le lycée et l’université, un espace de continuité dans le parcours scolaire. Lors des journées portes ouvertes c’est également un des lieux qui rassurent à la fois les parents et les lycéens, car un peu à part et surtout qui véhicule une idée de réussite dans le déroulement de ses études.

  • Quels sont les éléments qui ont amené des lycéens dans nos BU ?

Comme précédemment dit, les lycéens peuvent venir d’eux-même et cela est lié à plusieurs enjeux. La localisation de la BU dans un centre-ville ou un pôle d’activité, la concentration de lycées aux alentours, etc., est un enjeu majeur d’attractivité. C’est le cas notamment pour la BU UVSQ (Université Versailles – Saint-Quentin) qui propose 1100 places assises, une situation en centre ville, entourée par 5 lycées et une entrée visible et facilement accessible.

Certaines BU comme Le Havre ont mis en œuvre des dispositifs pour les attirer. Ces dispositifs reposent sur des partenariats avec des collèges ou des lycées, les « journées portes ouvertes », des associations entre des classes et des chercheurs, etc. D’autre BU misent sur des journées thématiques comme la semaine de la science pour investir ce nouveau public potentiel.

D’autres bibliothèques ne perçoivent pas réellement la présence des lycéens et ne cherchent pas forcément à aller les chercher maintenant. Se donner du temps pour étudier les expériences des autres, c’est saisir l’opportunité de réfléchir et mettre en place un dispositif d’accueil de ce potentiel public à venir.

  • Comment gérer ces publics parfois difficiles ?

La question de la sanction a souvent été évoquée, parmi les expériences relatées, certaines BU ont été confrontées à des comportements agressifs, mais difficile d’en faire une généralité. La difficulté est parfois plus anticipée et crainte que réelle par les équipes. Un bon exemple est l’expérience menée par la BnF : à l’issue du dispositif, « Je révise, tu révises », les inquiétudes liées à l’hygiène et la sécurité ont été apaisées. Les mobiliers étaient à chaque fin de journée peu dérangés et le ménage n’a pas fait l’objet de mesures exceptionnelles. Finalement la conclusion est que le dispositif s’est bien déroulé, sans débordements.

Des solutions pour contrer l’indiscipline ont été testées par différentes BU : au Havre, un système de filtrage avec une carte destinée aux lycéens permet de ne plus en faire des usagers anonymes, à Strasbourg et Saint Quentin ce sont les carnets de correspondance qui sont demandés. Cette perte d’anonymat a eu des effets positifs mais d’autres tendances ont également été notées.

La tension la plus forte peut apparaître lorsque les lycéens et les étudiants sont séparés ou du moins distingués. Cela créé un phénomène de cohabitation plus ou moins tendu. Globalement la conclusion concernant cet aspect est que séparer les lycéens et les regrouper dans un espace peut développer un entre-soi propice à l’indiscipline mais aussi un sentiment de différenciation. Au contraire ne pas les différencier, permettrait aux lycéens de mieux assimiler les codes d’usage de la bibliothèque universitaire, à condition de communiquer.

Et à ce stade, impossible de ne pas vous parler de l’intervention de Nathalie Clot de la BU d’Angers qui nous a fait une présentation du dispositif de sa BU en 8 minutes montre en main avec beaucoup d’humour et de suspens. Sa présentation projetée sous forme de sketch note (particulièrement ludique) était intitulée « Ils sont parmi nous ». Si les supports nous sont transmis, le lien vous sera donné. Cette BU a tout misé sur la communication entre les étudiants et les lycéens, sous forme d’affiche au format A0.

Edit du 11/06/2018 : Le retour sur la journée d’étude « Le Bac… et après ? Des révisions en bibliothèque aux premiers pas dans l’université » est disponible sur le site de l’ADBU. Vous y retrouverez des vidéos des différentes interventions de la journée, les présentations des intervenants, ainsi qu’un retour sur les ateliers proposés.

 

En conclusion, ce que l’on peut tirer de cette journée, c’est que chaque bibliothèque qui a présenté un retour d’expérience est un cas particulier, car il s’agit pour le moment de cibler ce nouveau public et de s’y adapter. Les dispositifs mis en place font l’objet d’observations et de statistiques pour être modifiés et améliorés l’année suivante. Nous pouvons donc dire que nous sommes en pleine phase expérimentale.

 

Elsa Devarissias et Chloë Duquesne

 

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